Histoire du logis

cliché  MRW ZEPPELINE VENDEE

Aux confins de la plaine, du bocage et du marais, sur la commune de Sainte Pexine dans le Sud de la Vendée, le logis de Chaligny apporte un témoignage de l’architecture de la Renaissance en Bas-Poitou. Il s’agit d’une « Maison des champs »  comme la décrit en 1554 Charles Estienne  dans son traité « L’Agriculture et la Maison Rustique » (1) .

Un logis est constitué par l’alliance du château et de la ferme, formant un ensemble très homogène de bâtiments encadrant une grande cour intérieure  axée Est-Ouest, autour de laquelle s’organise toute une vie agricole.

Le logis de Chaligny bénéficie d’une situation géographique originale, aux confins de la plaine, du bocage et du marais, à une vingtaine de kilomètres de la mer. Dans un environnement rural préservé, abrité des vents  dominants par un  bois taillis, il s’insère dans une boucle de la Smagne. Les jardins qui entouraient le logis au XVIè siècle répondaient  aux besoins de la vie autarcique de cette époque.

                                                                                                                                                                                                                                                                                                                        Regnon Chevalier jpeg

Depuis 1560, Chaligny a été le fief de la famille Regnon.  Le blason représente trois mouches à miel sur fond d’azur. Cette famille protestante a joué un rôle important dans la région et s’est alliée à de nombreuses familles du Bas-Poitou. Les bâtiments dans leur configuration actuelle ont été achevés en 1639 par Hélie Ier Regnon de Chaligny, chevalier, capitaine de Chevau Légers. Il a participé à l’assèchement des marais autour de Champagné-les-Marais.

Son petit fils Louis III Regnon, après avoir émigré en 1685 en Angleterre à la suite de la révocation de l’Edit de Nantes, meurt en 1745 après être revenu en France .

Le  petit-fils de ce dernier, Henri-Gabriel-Gaspard de Regnon, seigneur de Chaligny, Chevalier de Saint-Louis, lieutenant des vaisseaux du roi, lieutenant des maréchaux de France, entreprend peu avant la Révolution l’embellissement du logis et du parc qui sont mis au goût du jour. C’est alors la grande époque de Chaligny.

La famille émigre en Allemagne en 1791. Le logis est épargné par la Révolution.

En 1844, alors que la branche Regnon de Chaligny s’éteint, le logis est donné en fermage, et ceci jusqu’au milieu du XXème siècle. Le domaine est transmis par les femmes aux familles Grelier du Fougeroux,  la Roche Saint André puis Larocque Latour.

Ayant été souvent occupé par des fermiers le logis n’a subi aucune altération depuis le XVIIIème siècle, ce qui permet à ce jour de le considérer comme l’un des mieux conservés de Vendée. L’atout majeur de Chaligny réside dans la préservation intacte, non seulement de ses bâtiments, mais aussi de son paysage.

Inscrit en totalité à l’Inventaire Supplémentaire des Monuments Historiques le 20 novembre 1989, il a été vendu, pour la première fois depuis son origine en 1990, puis revendu l’année suivante à Alain Durante.

Une restauration méthodique a commencé en 1991, sous le contrôle des architectes des Bâtiments de France, avec le concours permanent d’entreprises et artisans de la région.

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Renvoi 1

En 1554, Charles Estienne retrace, dans « L’Agriculture et Maison Rustique », les caractéristiques qui s’appliquaient alors à la gentilhommière ou au manoir :

Le manoir est par définition la résidence du gentilhomme, du chevalier qui ne possède pas les droits seigneuriaux de haute et basse justice permettant  d’élever un château avec tours et donjon ; c’est la maison des champs, placée au point de vue architectonique entre le château féodal et la maison du vasseur, degré supérieur de la classe attachée à la terre seigneuriale, homme libre. Son caractère distinctif est en général de former une petite agglomération de bâtiments avec logis principal pour l’habitation du propriétaire, communs pour l’exploitation, granges, étables, pressoirs, fournils, le tout avec cour et jardins, et entouré de murs et de fossés…à cette époque on cherche à leur enlever leur caractère de forteresses, on les ouvre sur le dehors, leurs murs extérieurs sont percés de fenêtres; leurs fossés comblés et remplacés par des terrasses. Dégagées de leur appareil de défense, ces résidences fortifiées se changent en simples maisons des champs :

« Figurez une cour grande et spacieuse, qui soit bien carrée en tous sens, au milieu de laquelle faîtes creuser deux mares pour le moins : l’une pour les oies, canards ou autre bétail, l’autre pour rouir, ou tremper et ramollir les lupins, les osiers, les verges et autres telles choses, même pour la pourriture des fumiers ; et plus au-delà un puits avec deux ou trois auges de pierres de taille, pour abreuver le bétail et les volailles si vous n’avez la commodité de la fontaine, de la proche rivière ou du ruisseau. Cette cour contenant un arpent en carré, sera fermée de murailles de 18 pouces d’épaisseur, et de 10 pieds de hauteur, depuis le rez de chaussée, pour appuyer vos bâtiments par dedans et pour faire obstacle au danger des larrons, et ruines provenant des pluies. Il y aura des chaînes par voie et bonne encogneures, selon la commodité de votre lieu et de sa situation.

Au milieu de la muraille de devant, qui aura son regard vers le soleil couchant, vous ferez votre porte avec son portail, et autant au-dessus, pour garantir ladite porte du soleil et de la pluie ; et pour la commodité particulière de vous et votre famille, pour y pouvoir être, et se mettre à couvert quand il pleut. Et sera la porte autant haute et si large qu’une charettée de foin ou de gerbes y puisse entrer à l’aise. Vous la tiendrez élevée d’un demi-pied au-dessus du rez de chaussée, l’affrontant par dehors d’un bon sol bien maçonné, pour que l’écoulement des eaux ne la pourrisse, si elle descendait près de terre, et que les larrons ne la puissent lever avec leur levier, ou pince de fer par dehors.

A la rencontre du portail, vers le chemin passant, ferez un champart de 5 ou 6 arpents, bien clos de fossés et de haies vives à l’entour, pour la paisson de vos bêtes lasses ou malades, qui ne pourraient aller en compagnie des autres et aussi pour les laisser reposer et ruminer au serein au temps des grandes chaleurs.

Le logis de votre fermier sera bâti à côté du portail à main senestre et prendra jour sur la rue vers l’Occident, nonobstant que les croisées seront sur la cour au Levant. Sa cuisine sera élevée de deux ou trois marches sur le rez de chaussée, afin de la garder de l’humidité, dont la cour est pleine en hiver ; elle doit aussi être haut exhaussée et grande afin que le solier ou plancher de dessus ne soit en péril de feu, et que tous les familiers et serviteurs puissent en tout temps facilement s’y retirer.

Son four aura saillie hors le bâtiment et ressortira la gueule dans la cheminée de ladite cuisine et sous le manteau de celle-ci à côté et près du foyer. La blutterie sera au-dessus et le cendrier au-dessous.

A l’entrée de ladite cuisine, et à l’endroit de celle-ci, qui sera le moins battu du soleil, et le plus frais, y aura un bouge ou chambre pavée en pente, et égoutoir, pour servir de laiterie à la fermière où elle dressera toute sa manufacture de beurre et fromages, et servira ledit égoutoir à mettre hors les laveures des autres filles de la laiterie. De l’autre côté de ladite cuisine y aura un pareil bouge, ou chambrette qui servira à la fermière de dépendance, pour la réserve de ses vivres et au-dessous, la petite cave, la montée de laquelle sera pour  trappe à pied-droit, à l’entrée de la cuisine, et le potager dans ce dernier bouge.

De l’autre côté de la cuisine sera la chambre à coucher le fermier, et une autre joignant celle-ci pour les enfants et servantes : une autre tout joignant à retirer le linge sale. Au tenant desquelles chambres, en continuerez une autre assez grande, l’entrée de laquelle sera sur la cour par dehors, pour loger le chauffage, les instruments du labeur, et autres choses nécessaires. Et le dessus de ce corps d’hôtel servira de greniers pour les fruits, légumes, graines, herbes et racines que l’on voudra garder.

A main droite du portail, en entrant seront les étables aux chevaux, avec la réserve d’une assez grande chambre basse tenant le grand portail, pour coucher le charretier, et autres serviteurs, et aussi pour retirer les colliers, sellettes, traits, mancelles, et autres outils pour les chevaux. Et en continuant les étables aux dits chevaux, ferez aussi les étables aux bœufs, et aux vaches. Et au-dessus de ces étables, les greniers pour le foin et fourrage des bêtes, avec une petite étable au bout pour y héberger les veaux et génisses qu’aurez sevré puis naguère : au bout et joignant l’establerie, ordonnerez le chenil, si n’aimez mieux l’asseoir tout au milieu de la basse-cour, sous une petite cabane à feuillard, couverte de chaume, ouverte en deux endroits, pour que les chiens puissent sentir et prévenir des deux côtés ; car  cette sentinelle ainsi assise servira pour toute la basse-cour.

A l’endroit opposé du portail de votre ferme, répondra directement l’entrée de votre logis, qui par un perron de huit degrés pour le plus, conduira au premier étage de celui-ci. L’entrée duquel sera une allée de moyenne largeur, percée outre sur le jardin, où elle aura sa descente par un pareil perron que le précédent. A main droite de cette allée, sera votre cuisine, despence, garde-manger, et retraite pour deux ou trois serviteurs pour votre personne. Entre laquelle cuisine et despence sera une vis, qui aura son entrée par dedans ladite cuisine pour monter au grenier.Près votre cuisine, continuerez vos pressoirs et fouleries.

Le premier étage suivra son plan de long et de large, porté sur voûte élevée au-dessus du rez-de-chaussée, bien étayée de piliers par voie et bien soupiraillée des deux côtés, à ce qu’ayez un étage en bas de pareille longueur et largeur que le dessus qui sera mi-cave, mi-cellier, lequel outre ce qu’il préservera votre logis contre le tremblement de terre, encore vous servira-t-il à loger vos vins et cidres sans craindre la pourriture des cerceaux, vos lards et chairs salés, vos huiles, vos chandelles, voire le bois même, et le fruit durant les gelées. Votre logis n’aura que ce premier étage, par dessus lequel vous n’élèverez que vos greniers et galetas sans plus, et tiendrez votre maison plus basse, et moins exposée à la furie des vents, qui vous tournera à une merveilleuse épargne, pour n’être si sujet à passer par les mains des couvreurs à toutes heures.

A main gauche de ladite allée sera l’entrée de votre salle, dont entrerez en votre chambre, et de celle-ci en la garde robe, et au  cabinet. Et au bout, si votre corps d’hôtel aura capacité du lieu assez, vous ferez une chambre pour loger les survenants, l’entrée et issues de laquelle sera par une vis ronde du côté de la cour, à ce que les survenants soient à leur liberté, sans vous importuner de passage sur vous, si d’aventure vous n’aimez mieux de l’autre côté de votre salle, bâtir autant de logis pour les amis et survenants. Vous ferez vos principales vues et croisées au levant, sur le jardin, et ne réserverez qu’une demi-croisée sur la cour, pour avoir vues sur vos gens et savoir qui va et vient en votre logis. Et au bout de chaque bouge ferez un privé pour la nécessité de chacun desdits corps d’hôtel. Le comble et le dessus de vos allées, salle, chambre, garde-robe et chambres des survenants seront pour greniers à séparément loger les seigles, froments, mars et fruits, et retirer le linge sale, qui auront petites fenêtres du côté de la bise, car cette partie du ciel est la plus froide et moins humide. Lesquelles deux choses valent beaucoup à loger, garder et conserver les froments.

Au bout de vos pressoirs et fouleries, vous asserez votre poulailler et toits à autre volaille, en forme de tour carrée, plus longue que large de façon que le bas de celui-ci servira pour les volailles d’eau, comme pour les oies, les canes à part et le dessus pour la volaille du courtil avec leurs juchoirs et paniers à pondre. Et faudra faire au-dessous du gélinier quelques séparations pour les poules ou coqs d’Inde, sous le  plancher desquelles logerez les faisans en un enclos de lattes. Quant aux paons, vous leur laisserez la liberté de jucher partout. Là auprès ferez votre volerie ou colombier à pied (si avez le droit) en forme de tour ronde au milieu de votre cour.

Appuierez vos bergeries et porcheries contre le Midi : de sorte qu’elles n’aient vue que sur la cour, et à la principale bergerie ferez une séparation d’assez hautes claies pour retirer les agneaux d’avec leur mère, et les boucs pareillement et joignant la porcherie, lèverez deux cloisons de murailles bien enduites de toutes parts l’une pour les truies, l’autre pour les verrats. Au cas pareil, ferez pour les chèvres et chevreaux une autre étable à part et le dessus servira de grenier pour le fourrage et nourriture du bétail.

A l’opposé des bergeries vous ferez la grange avec sa grande porte de largeur de la travée du milieu, pour donner jour aux batteurs ; sur le portail de cette grange, si n’avez le droit de colombier à pied, vous ferez votre volière de telle largeur que le portail sera, et si haute que voudrez, dont le bas servira aux volailles pour se mettre à garant quand la pluie ou trop grand soleil leur fait nuisance. L’un des côtés de laquelle sous trois travées de long sera pour loger votre seigle et votre froment, l’autre côté de même mesure pour les mars : le milieu de la largeur du portail avec sa couverture par dessus.

Et entre les bergeries, et porcheries justement à l’opposé du portail de la grange, ferez un lieu de hauteur compétante en forme d’appentis, pour mettre à couvert vos charrues, chariots, charrettes, bacquets, tombereaux, et autres instruments et harnais de labeur : si vous n’aimez mieux faire cet appentis sous votre volière, n’ayant autorité de faire comme à fief, colombier à pied.

Par le dessous, ou à côté de votre perron, selon la largeur du corps d’hôtel, votre fermier entrera aux jardinages. Mais vous y entrerez par un autre perron, que vous ferez descendre de votre allée sur ceux-ci : l’un desquels jardins du côté droit, sera pour les potages, et l’autre pour les parterres et légumes, avec le lieu pour les ruches de mouches à miel.

Du bout d’une grande allée, que dresserez depuis votre perron jusques au mur du verger, entre les deux jardins, sans autre clôture ou séparation, que de deux haies vives, sera le verger séparé des autres jardins par murailles traversant au deux côtés du clos de votre lieu. Et au milieu de ladite grande allée, y aura des puits pour arroser par canaux et goutières, ce qu’il faudra aux jardins, si mieux n’aimez y faire venir la fontaine, et chercher les sources, ou bien faire une citerne bien cimentée, pour recevoir et réserver l’eau du Ciel.

Le verger sera la clôture derrière votre logis, par où vous entrerez en votre pâturage, sur le petit rif verdoyant, le long duquel ruisseau, et aussi de votre vivier ou étang, vous ferez vos plantes de saussaie. A l’entrée de votre verger à l’endroit du jardin, ferez d’un côté la pépinière et de l’autre la bastardière, et au milieu l’ordre des arbres par creux et entes. Et au bout d’enbas, planterez par rayons votre oseraie qui pourra recevoir pour la commodité, la fraîcheur et l’humidité du petit ruisseau. La fausse porte (qu’on appelle autrement la porte de derrière, ou la porte des champs) du côté du pré pour votre entrée particulière, sera garnie de deux chevrons sur une architrave sans plus, et quatre ou cinq créneaux  au-dessus et fermée d’un huys fort. Car par là, vous entrerez en votre maison, et en sortirez à secret quant bon vous semblera, sans le su de vos gens, ni avoir la mauvaise odeur des étables et de votre grande cour. Et à cette fin aurez une issue particulière de votre étable ou jardin, par auprès de votre dite foulerie, pour en tirer vos bêtes. J’entends néanmoins que le bâtiment soit fait selon le revenu des terres, et que (comme dit Cato) le logis ne cherche les terres, ni les terres le logis : car les grands, pour prix et enclos coûtent beaucoup à bâtir et à entretenir ».

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